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chroniqueshumaines

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Journal d'un mammifère en colère!


LE RETOUR DES NEGRIERS

Publié par Hâche humaine sur 13 Avril 2016, 15:28pm

Je refais un petit tour par la loi El Khomri histoire de rappeler: quel genre de types se cachent derrière tout ça et pourquoi je pense que ce n’est qu’une étape de plus dans la longue descente vers la misère des travailleurs Français. J’ai travaillé principalement dans le bâtiment qui comme chacun le sait, est un marqueur de l’état de santé de la société. « Quand le bâtiment va, tout va ! » Sauf que ça va mal, très mal. Et je ne parle pas de pénurie de l’emploi, je parle de l’attitude générale des dirigeants et de leurs subordonnés. L’ouvrier qui avait presque valeur de noble dans les temps anciens se retrouve aujourd’hui à vivre comme un manant voyant son salaire décroître et ses conditions de vie se dégrader. L’omerta domine aujourd’hui dans les bureaux. Tout le monde voit mais personne ne dit rien…mais que voit-on ?

Une vitrine qui brille, une usine délabrée. Il y a eu certaines améliorations notamment en matière de sécurité : lunettes, gilets, clôtures… Que l’on ne s’y trompe pas, tout cela n’est qu’une jolie façade. J’ai l’impression de faire du reportage parce que dans le cas présent je suis moi-même au cœur du sujet… Je suis conducteur de grue, parfois je travaille en cabine (de là-haut) et parfois avec une télécommande (en bas donc). J’ai aussi travaillé comme maçon et manœuvre bien sûr il y a des étapes. Je peux vous raconter cette fois où je devais charger des préfabriqués sur camion avec une grue sur trois pattes. Des poutres de plusieurs tonnes. J’ai demandé un contrôle : aucun problème ! Ok... Je peux vous parler aussi de toutes ces fois où j’ai dû conduire avec un problème mécanique parce que arrêter le chantier le temps de réparer ça « embête » tout le monde. Chariot qui coince, levage qui bloque, mauvais freinage à l’orientation. Aussi toutes les fois où j’ai dû travailler avec un vent pas possible avec des gars au-dessus des tours sans harnais et sans gardes corps…faut pas se louper ! J’ai vu des choses hallucinantes, des types qui prennent des risques inconsidérés pour des salaires de misère. Marcher sur les murs, travailler sans filets par tous les temps. Voir des blocs et des panneaux passer au-dessus de leurs têtes toute la journée. Et puis un jour : la sangle pourrie retenant seule le compresseur craque et un homme restera handicapé, mutilé toute sa vie. Et puis le plancher qui a été décoffré trot tôt pour gagner du temps tombe et un homme n’est pas rentré ce soir-là. Et des histoires comme ça il y en a tous les jours. Une grue est tombée à Châtellerault (86) sans faire de victimes…Il y a plus de morts dans le bâtiment qu'a l'armée!

Certaines entreprises font des efforts mais c’est plus pour éblouir le client que par souci de l’ouvrier qui n’est qu’un outil de travail à leurs yeux. Il existe ce que l’on appelle des « quarts d’heure de sécurité » qui devraient avoir lieu toutes les semaines ce qui n’est jamais le cas et qui devraient donner la parole aux ouvriers ce qui est rarement le cas. Il m’est arrivé il y a deux ans à peu près de commencer une mission pour un grand groupe… il y avait deux grues dont les flèches se croisaient ce qui implique quelques consignes de travail et de sécurité supplémentaires. Après un mois de réclamation le problème n’avait toujours pas été discuté en réunion la priorité ayant été donné aux tableaux aimantés mis à la disposition des chefs d’équipes, aux respects des règles de stationnement sur le parking et enfin aux congés de fin d’année. À la fin de ce même mois ma mission prenait fin.

Les salaires et les déplacements sont revus sans arrêt à la baisse, les qualifications ne sont pas respectées, les intempéries sont utilisées à des fins économiques pour réduire les coûts de chantiers. Certains chefs traitent leurs employés comme des moins que rien. Mais il y a pire que les salariés, il y a les intérimaires ! Pour nous c’est devenu catastrophique. Pris puis jeté comme de vulgaire kleenex il m’est arrivé de pousser des coups de gueules en expliquant qu’un intérimaire était avant tout un humain avec ses problèmes, ses factures et parfois une famille à nourrir. Le moindre mot de travers peut vous coûter une fin de mission. L’intérim de nos jours c’est bosse et ferme-là.

Le scandale des travailleurs étrangers. Il y a pire que d’être intérimaire, il y a les étrangers ! Pas ceux qui viennent avec des mitraillettes ou pour nous emmerder avec leurs religions non, ceux qui viennent gagner un peu plus qu’au bled pour envoyer leurs enfants à l’école ou soigner un parent malade. Iles Canaries, Afrique, pays de l’est tous rêvent simplement d’une vie meilleure. Ces gens sont victimes d’une exploitation qui se généralise en France et que j’assimile à de l’esclavage en position d’apartheid. Le système est parfaitement huilé, deux solutions : soit les entreprises embauchent des gens immigrés en les payant au rabais créant ainsi une concurrence féroce avec les ouvriers qualifiés français qui se voient dans l’obligation de négocier leurs salaires à la baisse pour espérer trouver du travail ; soit et c’est là que ça commence vraiment à faire peur, ils embauchent des étrangers en passant par des agences intérim étrangères ! Résultat, ces ouvriers sont en déplacement mais selon la législation de leur pays. Ils n’ont absolument aucun recours juridique et une fois en France ils sont soumis à la dictature patronale avec la menace constante du renvoi au pays. C’est interdit ! Non, laissez-moi vous raconter :

_J’ai travaillé sur la L.G.V. Tours-Bordeaux entre 2012 et 2013. À l’époque le plus grand chantier d’Europe géré par C.O.S.E.A. une filiale de Vinci créée spécialement à cet effet et qui permettra de payer moins d’impôts (mais ceci est une autre histoire). Je travaillais au sol à la fabrication de pont cadre. Sur ce type de chantier, il y a ce que l’on appelle des ferrailleurs. Le pire métier du bâtiment ! Le genre de boulot que tu fais quand même l’armée ne veut plus de toi. Sur la L.G.V. c’était la société A.M.S.A (oui je balance) qui était chargée du ferraillage de tous les ouvrages d’art sur mon secteur (aux environs d’Angoulême). Le constat était simple, tous les postes à responsabilités (chefs d’équipes, chefs de chantier) étaient occupés par des Français et toutes la manutention était la charge d’ouvriers étrangers originaires du Cap-Vert ou de Guinée Bissau. Ils avaient tous un passeport Portugais et venaient donc travailler en tant que communautaires. Et voilà le tour était joué merci Schengen ! Impossible de connaître leurs salaires ou déplacement exact, j’ai entendu toutes les sommes possibles. Ce qui est sûr c’est qu’ils gagnaient beaucoup moins que moi qui arrivais de Poitiers alors qu’ils venaient d’Afrique ! Ils avaient un logement à disposition néanmoins, un boui-boui à peine plus grand que mon T1 pour six pelos dont la plupart dormaient sur des matelas en mousses. J’exagère ? Ils avaient une voiture de fonction aussi : une Polo pour six ! Il y en avait un qui venait dans le coffre avec les glacières, je peux jurer que c’est la vérité. Et pendant ce temps-là tu vois le patron se ramener avec un Q7 Audi pour lui tout seul et te regarder droit dans les yeux avec la fierté vulgaire de ceux qui ont la réussite débilisante. Je m’en fiche sincèrement de son 4X4 mais ce type exploite des hommes. Aux pays certains vivent avec moins de 1 dollar par jour, alors pour eux c’est une fortune ; il n’empêche que ce patron se gave sur leurs dos et se montre toujours prêt à tout pour plus d’économie, c’est grave. Et je passe sur la façon dont on les traite. Les chefs leur parlent comme à des sous-hommes, ils font des horaires pas possibles et sont souvent livrés à eux-mêmes faute d’encadrement suffisant. Quel que soit le temps, l’état de santé ou de fatigue ils sont poussés à être toujours plus rapides pour rapporter toujours plus. C’est un comportement de négrier et c’est en respect à ces victimes que j’ai tenues à titrer cet article comme je l’ai fait. N’oublions pas que c’est à ces gens que le président a fait des cadeaux fiscaux en un échange d'emploi…autant donner un os à ton chien en espérant qu’il te le rende.

La vie polluée par les lobbys. Ce sont ces gens et leurs représentants qui arpentent les couloirs des assemblées. Ce sont eux qui poussent à coup de menaces et de corruptions les différents élus à amender telle ou telle loi. D’où viennent les idées qui sont mis en législation dans la loi El Khomri ? Qui a ordonné et financé les rapports où sont préconisées ces mesures ? À aucun moment le gouvernement n’a facilité entrepreneuriat de masse bien au contraire. Avec l’aide du R.S.I. ils ont étouffé les auto-entrepreneurs et favorisent le salariat de masse en abrogeant les acquits du prolétariat. Cette loi est voulue par les puissants, pensée et mise en place dans leurs intérêts. Comme d’habitude ! Du petit patron aux multinationales, ce système patriarcal complètement dépassé asservi tout le monde en nous rendant dépendant du travail collectif et en nous empêchant de sortir de la dette. Même quelqu'un qui gère son budget va acheter une maison et faire un crédit. Nous leur rapportons tous de l’argent et ils continuent de nous vider les poches. Exploiter la misère ne leur fait pas peur. Une mort est remplacée par une naissance toujours plus docile pour eux, nous ne comptons pas. Que les choses soient dites.

On l’appelait « Rouille ». « Je pense que je comprenais mal ce qu’il me disait avec son accent à coucher dehors. Peu importe Rouille collait bien à ce tout petit bonhomme noir comme du charbon dont les mains laissaient ressortir cette couleur si particulière. Il travaillait le fer au point d’avoir adopté la couleur de ce métal vieilli un peu comme lui. Un jour je lui demandais pourquoi il avait fait tout ce chemin, il me montra une photo de sa fille et de sa femme. Son seul précieux, je ne savais pas pourquoi il avait besoin de cet argent mais c’était pour sûr un acte d’amour. Il s’infligeait la souffrance physique, le manque des siens et le mal du pays par amour. En serais-je jamais capable ? J’étais appuyé contre le montant de la porte de cette cabane de chantier, la clope au bec. Je regardais la pluie qui tombait. Des gouttes de la taille d’un doigt. Il y avait un voile en ferraille couché sur le sol de boue et dessus il y avait un homme vêtu d’un ciret vert qui lui tombait au ras des chevilles. C’était Rouille, et pendant que je me lamentais sur mon sort de grutier abandonné attendant qu’une équipe vienne me rejoindre ou me ramène à la base ; lui restait dehors seul et attachait comme si de rien n’était les barres une par une, point par point. Ce qui m’a vraiment marqué c’est que malgré cette flotte, malgré cette vie, il chantait. Il chantait tout le temps et il chantait même ce jour-là sous la pluie dans sa langue à lui. Je me sentais pathétique. Cet homme m’a appris sans mot dire que la vie est comme la musique. Même dans la tristesse et la mélancolie elle peut être belle. Où que tu sois Rouille je n’oublierais pas cette musique, j’espère que tu chantes toujours. »

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