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chroniqueshumaines

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Journal d'un mammifère en colère!


UN PETIT CONTE AU XXIème SIECLE

Publié par Hâche humaine sur 29 Mai 2016, 04:57am

Il était une fois, dans un monde où le bitume remplace les chemins de terre et où le ciel est parsemé d’objets volants en tous genres, une petite fille qui regarde la pluie tomber par la vitre de sa chambre. Une chambre qu’elle partage avec ses deux sœurs. Elles ont grandi ensemble, élevé par les mêmes parents mais n’ont pourtant pas grand-chose en commun. Son immeuble délabré n’a rien des châteaux féériques que les histoires de princesse cristallisent dans la mémoire de ces enfants comme ce qui doit être l’idéal de la gent féminine jusqu’à ce que les tourments de la vie ne viennent les arracher à l’innocence. Les garçons de son quartier n’ont rien de commun non plus avec les princes charmants, rien du tout. Aucun d’entre eux ne semble ambitionner de venir l’extirper du douzième étage de sa tour. Il n’y a pourtant pas de dragon à terrasser pour arriver jusqu’à elle.

Son père n’est plus que l’ombre de lui-même depuis que « la maladie » l’a privé de son épouse.

Elle était à l’école lorsque cette douleur mélancolique s’est emparée d’elle. Comme chaque année les élèves fabriquaient un présent de ceux qui n’ont jamais rien de très aboutie mais qui constituent l’exercice le plus savoureux. Il n’y a pas de crainte de l’échec, juste l’impatience d’offrir à celle que l’on aime ce que l’on a fait avec le cœur.

_ « Tu veux faire quelque chose pour ton papa ? »

Elle ne répondit rien, elle entreprit simplement de faire un dessin. Ses feutres dessinèrent les contours d’un homme et d’une femme tenant par la main leur enfant. Elle le contempla avec nostalgie tandis que ses camarades s’affairaient dans la joie à finir leurs chefs-d’œuvre. Le souvenir de cette main qui la guidait dans ce monde reste gravé en elle. La présence rassurante de celle qui la blottissait contre elle, le refuge où l’enfant échappe à ses peurs. Jamais le sentiment de solitude n’aura été si présent depuis que sa mère n’est plus. Ce n’était pas un choix, la fatalité frappe même les innocents. Ses sœurs plus âgées ne s’étaient souvenue de cette fête que par le biais de réseaux sociaux et malgré une certaine tristesse n’en faisaient pas vraiment grand cas. Le choix de leurs vêtements pour rejoindre « les autres » avait vite pris le dessus sur un souvenir déjà presque lointain. Elle n’y comprend rien : n’y a-t-il qu’elle qui souffre en ce jour ?

Elle prend son dessin, sort de sa chambre et traverse le couloir qui mène jusqu’au salon. Elle pousse la porte, le fauteuil de son père lui tourne le dos et la télévision est réglée sur un programme sans intérêt. Dans cette pièce le temps semble figé. Depuis qu’il est seul elle voit son père errer comme un fantôme, leur appartement est devenu un théâtre de tristesse. Elle s’approche à petits pas. Arrivé à sa hauteur il tourne la tête et la regarde en n’ayant l’air ni surpris ni heureux. Lorsqu’il voit le papier dans ses mains, il demande :

_ « Qu’est-ce que c’est ? »

Un peu gênée et sans un mot elle lui tend. L’émotion le submerge et les yeux remplis de larmes, il prend son enfant contre lui et leur tristesse se fondent. Il comprend qu’il n’est pas seul à souffrir, elle comprend qu’il l’aime. La douleur éloigne et les êtres ne savent mieux exprimer leurs désarrois que dans le silence le plus profond.

Elle a son père qui malgré tout ne l’a pas abandonné, d’autres n’auront pas la chance en ce même jour d’être réconforté.

« Ignorer l’enfant qui souffre, c’est oublier celui qui sommeille en nous. » C.H.

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