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chroniqueshumaines

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Journal d'un mammifère en colère!


 J’AI VU UN OURS BLEU DANS UNE FORÊT JAUNE

Publié par Hâche humaine sur 17 Juillet 2016, 04:29am

 J’AI VU UN OURS BLEU DANS UNE FORÊT JAUNE

Sur les conseils d’un vieux sage qui me semblait être chinois, je décide de partir en nature ressentir l’écoulement du temps en observant la vie. Je suis sobrement vêtu équipé d’un simple bâton de marche pour assister dans ce petit périple mes muscles lombaires quelque peu meurtris. J’allonge le pas et j’arrive à l’orée d’une forêt comme nous avons l’habitude d’en voir dans nos campagnes. Je grimpe péniblement une petite bute qui tient le visiteur en respect. Je me débats avec les buissons qui bordent le bois et me voici propulsé dans un autre monde. Des odeurs de sèves et de cèpes que je respire comme un doux parfum. Le sol est jonché d’aiguilles de sapins et la mousse recouvre les racines tel un tapis de nature. Il y a des coins de fougères qui vivent ici comme en famille. Je crois reconnaître un champignon comestible, je n’ai pas apporté de panier, il restera sur son pied.

Je m’enfonce dans le bois sans suivre de chemin, je ne prête guère attention à la position du soleil, aussi je décide d’aller tout droit il me suffira ainsi d’un simple demi-tour pour retrouver mon chemin. Je sens sur moi l’esprit de la forêt, elle a conscience de ma présence, elle m’observe. Je prends garde à ne rien casser. Les animaux se méfient de l’homme, je sens leur présence mais je ne les vois pas. Je suis entouré d’arbres qui jusque-là sont bien rangés et je reconnais la main du bûcheron qui replante tout droit là où la nature obéit aux fractales dans une danse complexe qui la rend harmonieuse. Je rentre dans une partie sauvage de la forêt, la flore se diversifie et je perçois de plus en plus de bruits différents. J’en oublie l’objet de ma venue, je marche machinalement imprégné par l’environnement.

Je sens l’air humide et ma fatigue déjà présente est encore indolore. La forêt devient pentue, je me lance dans la descente. Habile, de côté je me sens comme habité, je fais corps avec la nature. Il plane comme un sentiment que rien ne peut arriver, l’impression d’être sur le bon chemin. Soudain je l’entends au loin, ce bruit si caractéristique se reconnaît instinctivement. La source de la vie, l’écoulement de l’eau. Il est naturel de courir vers elle, elle nous attire. Nous ne sommes que son prolongement. Je continue ma descente, c’est un ruisseau mais suffisamment large pour qu’il me soit impossible de l’enjamber. La végétation est toujours plus dense autour de l’eau. Elle est vraiment transparente et je peux apercevoir quelques poissons qui nagent ici paisiblement.

Le fait de m’arrêter me fait sentir tout à coup que mes jambes et mon dos auraient besoin d’être un peu reposés. Je trouve une souche, je m’allonge sur le sol et repose ma tête contre celle-ci. Je ferme les yeux et me laisse emporter par le bruit de l’eau et les discussions multiples entre les animaux de la forêt. Un bruit ? Je me redresse, tout a changé. Comme si l’automne s’était abattu d’un seul coup. Tous les feuillages ont jauni. Je n’ai fait que cligner des yeux, je suis toujours au même endroit mais c’est comme si des semaines étaient passées. Les couleurs ne sont plus les mêmes, le ruisseau est plus vivace qu’il ne l’était. Je vois un arbre bouger de l’autre côté du ruisseau. Je me saisis de mon bâton dans un réflexe mais reste prudent genoux à terre. « Probablement un sanglier », me dis-je. Il y a bien un animal qui semble se frotter mais je n’ose croire ce que je vois. Un sanglier ne se gratte pas debout ! Il apparaît et me semble gigantesque. Son pelage est bleuté.

Il n’y a pas d’ours signalé dans la région et encore moins des ours bleus. La peur me prend je dois bien l’avouer car s’il me paraît inévitable que je me mouillerais de la tête aux pieds si je tentais de traverser ce ruisseau qui a pris des allures de torrent, a contrario cela ne me semble pas être insurmontable pour une bête de cette taille. Les ours se nourrissent de tout, poissons, charognes et même de fruits parfois, quel genre de gourmandise pourrais-je bien lui inspirer ? Il m’a repéré je le sais. Il me fait face. Mon cœur frappe ma poitrine, mon cerveau est en ébullition : si je cours je deviens une proie et il sera plus rapide que moi c’est une certitude. Je peux essayer de grimper à un arbre mais Dieu seul sait combien de temps il restera en bas à guetter la moindre faiblesse, en outre il pourrait tenter de le secouer pour me faire tomber. Je n’ai pas vraiment de solution valable, s’il m’attaque je suis foutu et ce maudit bâton ne me sera pas d’une grande utilité contre ce mastodonte.

Les indiens d’Amérique disent :

_« Si l’animal sauvage se montre, c’est qu’il a quelque chose à te dire. »

_ « Qu’as-tu donc à me dire ? »

Je suis venue dans cette forêt pour me changer les idées et profiter d’une balade calme et insouciante en nature. Je ne suis pas venu pour servir de miel à ce Winnie bleu-gris aussi majestueux soit-il dans ce paysage d’automne. Son attitude se fait plus menaçante, il se redresse et m’exprime sa colère ou essaye-t-il seulement d’asseoir sa domination de mâle puissant ? Il se repose sur ses quatre pattes mais ne me quitte pas du regard. Ce petit bras d’eau qui nous sépare me rassure tout de même un peu, comme un point d’appui auquel je me raccroche. J’aurais tellement de regrets si je devrais mourir ici. Il y a tant d’objectifs non atteints, de rêves qui attendent d’être réalisés. J’aurais pu faire mieux, beaucoup mieux je le sais.

Il va me sauter dessus je le sais maintenant, ses yeux ne me laissent aucun doute. Je ne ressortirais donc probablement pas de ce bois. Je vais m’enfuir mais il me rattrapera. Je ne regrette pas d’être venue jusqu’ici c’était mon destin, je regrette simplement de ne pas avoir mis toute ma volonté au service de mes rêves avant. J’aurais dû me réveiller plus tôt, comprendre la valeur du présent et ne pas vivre comme si le futur était une valeur sûre. Il fonce ! La peur me saisit, je lâche mon bâton et je cours le plus vite possible. Il y a une atmosphère plombante et angoissante. Je l’entends qui se rapproche, je redouble d’efforts mais je m’épuise et sens bien que je ralentis. Je me tourne et comme une vision de mort : je vois son énorme gueule s’approcher de moi, je ferme les yeux.

Je me sens idiot et soulagé. La forêt a repris ses couleurs, le ruisseau s’écoule de nouveau paisiblement. Un ours bleu dans une forêt jaune. Tout cela n’était-il qu’une élucubration de mon subconscient ou était-ce un message de la forêt ? Était-ce seulement mon cauchemar ou aurais-je pénétré l’esprit de la nature ? Il me reste du temps finalement. Je reviens sur mes pas en repensant à tout cela, la remontée est difficile mais je me sens avec de nouvelles jambes. À quoi bon le temps qu’il me reste s’il ne sert à réaliser mes rêves ? Vivre heureux.

J’ai vu un ours bleu dans une forêt jaune et j’ai compris qu’au-delà du temps qui s’écoule il y a un espace que notre libre-arbitre peut utiliser pour graver la mémoire de notre existence. La vie est un mouvement, la pensée est le centre de la création. Nous devons vivre pour créer, pour aimer, pour être passionnés. Notre temps sur terre est, pour je ne sais quelle raison, relativement court mais il ne tient qu’à nous de nous inscrire dans l’éternité. Pour cela il faut prendre conscience du caractère toujours urgent de la vie et ne pas attendre de croiser un ours pour vivre pleinement et être constructif. Chaque seconde est un bien précieux, chaque vie a de la valeur. Chaque conscience a quelque chose de divin. Venir au monde est le vrai miracle et il ne tient qu’à nous de donner un sens à notre vie sur terre.

« Les rêves sont les phares de la vie, ils éclairent toujours le meilleur des chemins. Le meilleur chemin n’est jamais le plus aisé mais il est celui qui mène vers la plus belle des destinés. » C.H.

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