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chroniqueshumaines

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Journal d'un mammifère en colère!


Présidentielle en Corée : les dessous d’une ingérence à l’Américaine

Publié par ChroniquesHumaines sur 12 Mai 2017, 10:38am

Au pays du matin calme ou frais selon les versions, la liesse fait le tour du monde. La Corée du sud dans la tête d’un Européen lambda est un obscur pays ressemblant de près ou de loin à la Chine ou au Japon et super doué pour fabriquer des Smartphones ! La Corée est millénaire, malgré les pressions et les différentes invasions elle est toujours parvenue à garder son identité même après un demi-siècle d’occupation Japonaise qui ne prendra fin qu’après la seconde guerre mondiale. Comme vous le savez l’U.R.S.S. et les États-Unis d’Amérique ont coupé le monde en deux et contrairement à ce que l’on pense si les Russes ont imposé le communisme, les Américains eux sont resté une véritable force d’occupation ou quand ton libérateur t’enferme à son tour ! Pour mémoire ils n’ont été dégagé de France que grâce à l’autorité et à la fermeté du général de Gaulle. À Yalta ils sont parfois allé jusqu’à scinder certains pays qui subiront en conséquence les feux d’une guerre pas si froide que ça. En effet tout comme au Viêt Nam les Coréens eux-mêmes avaient des partisans dans les deux camps et aspirants tous à dominer de nouveau l’ensemble de la Corée. Au nord les communistes au sud les « démocrates ». En 1950 la guerre éclate entre les deux Corée, les Russes appuient militairement le nord et la Chine envoie des soldats ; les États-Unis font voter une motion aux Nations Unies et vont s’engager aux côtés du sud. Problème : le conflit s’enlise,  en 1953 chacune des parties n’a d’autres choix que d’accepter la scission définitive au niveau du 38ème parallèle.  Il y aura bien deux Corée.

Selon la thèse soutenue par Han Jae Yeong, doctorant et spécialiste de la question :

« L’ingérence Américaine en Corée ne date pas d’hier, il faut savoir qu’ils ont facilité la politique coloniale du Japon envers la Corée par un accord secret conclu entre le Premier ministre japonais Katsura Taro et le secrétaire américain à la Guerre, William Howard Taft, dans le but de préserver leurs intérêts. En août 1905, la médiation du président Theodore Roosevelt est capitale pour parvenir à la signature du traité de Portsmouth, qui met un terme à la guerre russo-japonaise et interdit à la Russie de faire obstacle à la politique nippone en Corée. Lorsque le Japon annexe la Corée en août 1910, les États-Unis continuent à soutenir la politique japonaise, garantissant ainsi leurs intérêts économiques en Corée, en particulier l’exploitation de mines d’or. »  

Celle qui nous intéresse aujourd’hui c’est la Corée du sud, car autant les Américains ne mettent pas pied au nord, autant ils ont la mainmise sur le sud, ou presque. Les agents Américains grouillent dans les couloirs du gouvernement et agissent en vrai lobby selon leurs intérêts. La Corée du sud est envahie de bases militaires Américaines où résident 30 000 soldats permanents. Les distensions entre Coréens du nord et du sud ne sont en fait que la conséquence d’un conflit entre deux Empires dont l’un a chuté mais renaît de plus belle. Les États-Unis disposent d’une vraie force d’occupation en Corée du sud et ils y tiennent car c’est un endroit hautement stratégique qui ouvre une superbe porte sur la mer du Japon et le Pacifique et permet en plus de tenir la Corée du nord hostile en joue. 

La Corée du sud est l’un des nombreux pays victime de ce que j’appelle : les conquêtes sombres de l’Empire Américain. Ils n’hésitent pas à renverser un gouvernement qui leur est défavorable, par la force si nécessaire. Dans certains pays ils n’hésitent pas à financer des journaux et des mouvements contestataires comme en ex-Yougoslavie ou aujourd’hui en Ukraine, mais aussi des groupes de Djihadistes comme en Libye ou en Afghanistan dès la fin des années 70. 

L’élection de Moon Jae-in n’est qu’un coup fourré de plus ; revenons en arrière :

Pour comprendre, il faut prendre la Delorean et remonter en 1960 à la chute du très autoritaire président Syngman Rhee porté au pouvoir en 1948 par les États-Unis qui disons-le, n’attachaient pas grande importance au développement de la Corée qui reste avant tout une position militaire essentielle en tout point. Seulement le peuple Coréen qui avait déjà subi l’occupation Japonaise va finir par se rebeller. Essentiellement rural et pauvre le peuple Coréen du sud  va prendre, en partie tout au moins, son destin en main et malgré de violentes répressions va chasser le président Syngman Rhee du pouvoir. Seulement son successeur Yun Po-sun et surtout son premier ministre Chang Myon ne font guère mieux et la colère ne retombe pas. Il faut bien comprendre dans cette affaire que les Américains marchent sur des œufs car s’ils s’attirent trop les foudres du peuple qui jusque-là ne les tenaient pas forcément pour responsables de leurs situations, une opposition aurait pu alors envisager de se rapprocher des voisins du nord. C’est pourquoi en 1961 le général Park Chung-hee va être chargé d’organiser un coup d’État militaire (impossible sans leur aval), s’ensuivront des élections que le général remportera comme prévu. Sauf que Park Chung-hee considéré comme un dictateur mais que je vois plus comme une figure de général, va radicalement changer le destin la Corée.

En effet sous sa présidence, la Corée du sud qui était un pays du tiers-monde est devenu la 20ème puissance mondiale lorsqu’il fut assassiné en 1979. Ce dictateur élu a certes eu une certaine tendance à se rapprocher des nordistes et donc des communistes « crimes de lèse-majesté » à Washington mais il s’habillait sobrement et mélangeait de l’orge avec son riz pour l’économiser et montrer l’exemple. De plus il est à l’origine du développement industriel « protectionniste » Coréen qui fait qu’aujourd’hui encore les entreprises Américaines sont en concurrence à peu près « loyale » avec certains géants Coréen comme Samsung et Hyundai même s’il y aurait long à dire sur la façon dont ils traitent leurs salariés et il empruntait très peu sur les marchés internationaux, bref : rien qui ne fasse le jeu de l’oncle Sam. Lorsque l’on dirige un pays coincé entre le marteau Américain et l’enclume Russe rien n’est simple. D’autant que le Japon est encore sous grande domination Américaine et que nombres de Coréens se trouvant au Japon étaient manipulés par la propagande, ainsi c’est un Coréen du Japon qui commettra un premier attentat contre Park Chung-hee en 1968 auquel il réchappera, sa femme en revanche y laissera la vie. En 1979, c’est le chef de la K.C.I.A, la police secrète Sud-Coréenne qui achèvera le travail avec quelques complices. Ils seront torturés et condamnés à mort mais Washington reprend la main et ne la lâchera pour ainsi dire plus. 

*K.C.I.A. : Korean Central Intelligence Agency…ça ne s’invente pas !

Suite au décès de Park Chung-hee son premier ministre lui succède mais sera rapidement renversé par un coup d’État militaire, l’histoire se répète. Le général Chun Doo-hwan sera ensuite élu par le parlement un peu comme notre président de la commission Européenne. S’ensuivront sept années d’un régime encore plus autoritaire qui verront certes l’essor économique s’accentuer mais cette fois au prix d’une lourde dette. Washington a tiré les leçons et change de stratégie. La Corée du sud est un parfait exemple de pays où ces soi-disant porteurs de démocratie Américains ont clairement soutenu des régimes autoritaires pour soutenir leurs intérêts. 

Encore une fois c’est le peuple malgré la répression, qui va faire chuter ce régime et imposer le suffrage universel seulement à l’arrivée c’est le second de Chun Doo-hwan Le général Roh Tae-woo qui, poussé par une propagande efficace va accéder au pouvoir continuera l’ouverture à la mondialisation en appliquant une politique libérale favorable à la vision Américaine mais il a tout de même, il faut le dire, nettement relâché la pression autoritaire. Roh Tae-woo et son prédécesseur seront jugés pour leurs crimes en 1996 et condamnés l’un à mort l’autre à 22 ans de prison, notamment pour la répression étudiante de 1980 mais ils seront gracié par la président Kim Dae-jung dans un geste de grande réconciliation nationale. Un geste pour tourner définitivement la page. 

Depuis la « démocratie » fait son œuvre, le peuple se resserre dans les mégapoles, les inégalités croissent. Kim Young Sam, ancien opposant au général Park Chung-hee va continuer le massacre économique, favoriser les investissements à l’étranger, le Won déprécie fortement par rapport au dollar, un conglomérat d’entreprise financière s’écroule et son mandat se terminera par une crise économique dévastatrice suite à laquelle le F.M.I. va contraindre la Corée à calquer son programme économique sur le modèle Américain. 

Son successeur Kim Dae-jung est un véritable rescapé qui a échappé à des attentats venant de toute part attaqué par la KCIA au temps de Park Chung-hee mais aussi par Nixon en personne qui le fît enlever par les services secrets Coréens. Heureusement ses relations avec le célèbre ambassadeur Philip H    abib véritable gouverneur de l’ombre vont le tirer d’affaire. Les États-Unis lui sauveront encore la peau en 1980 suite au soulèvement de Kwangju après qu’il fut condamné à mort en faisant commuer sa peine en prison à vie puis, en exil pour les États-Unis ! Peu rancunier c’est lui-même qui graciera en 1997 le général Chun Doo-hwan à son tour condamné à mort. Il était donc très lié à la diplomatie Américaine et  servira leurs intérêts en mettant sur pied une politique de rapprochement avec la Corée du nord appelé la politique du soleil et sera le premier président Sud-Coréen à se rendre à Pyongyang. Néanmoins ce rapprochement va dans le sens d’une politique générale des services secrets Américains dans le but d’affaiblir l’Union Soviétique en la privant de ses alliés. Reste que le gouvernement nordiste est profondément communiste et le fait que Kim Dae-jung obtienne seul le prix Nobel de paix la démontra que l’intention propagandiste venait de l’Occident et que la Corée du nord n’était pas si opposée que cela à une reprise de la diplomatie dans la mesure où elle respecte la souveraineté des deux États. Ce n’était pas le projet et les tentatives de déstabilisation se multiplieront au cours des années 2000.

Dans la même veine Roh Moo-hyun un ancien avocat ayant débuté dans les affaires relatives aux droits de l’homme, ça non plus ça ne s’invente pas, va prolonger cette politique même si sa présidence aura surtout été marquée par une procédure de destitution pour une sombre affaire de corruption qui n’aura finalement pas abouti. Il se « suicidera » en se jetant d’une falaise à 62 ans, il était alors retraité. Il avait des ennemis et en savait beaucoup. 

Lee Myung-bak c’est le bouquet final! Élu en 2007 il fut excellent à la tête de Hyundai à qui il a donné toute sa mesure, en revanche en tant que président de la Corée du sud ce n’est pas la même histoire. Dans son discours il annonce la couleur : le renforcement des relations avec les États-Unis sera sa priorité. Il fera notamment signer un accord de libre-échange (Korea-U.S. Free Trade Agreement) similaire au fameux T.A.F.T.A. Européen rétablissant notamment l’importation de viande bovine en provenance des États-Unis ce qui provoquera de vives réactions de l’opinion publique. Qu’à cela ne tienne, aujourd’hui l’Amérique est le deuxième fournisseur de viande bovine en Corée du sud derrière l’Australie. 

2013, Park Geun-hye la mouche dans le potage ! Elle n’est autre que la fille de Park Chung-hee et elle a été élue notamment grâce à une certaine nostalgie du régime soi-disant dictatorial de son père ; elle est la première femme à gouverner en Asie du nord-est. Politiquement elle a souvent entretenu une forme d’ambigüité surtout vis-à-vis des Américains. Comme tous ses compatriotes elle est liée aux États-Unis, elle s’est notamment rendue à Harvard où elle a donné des conférences mais elle conserve un caractère rebelle. Sa politique économique a pourtant et malgré ses promesses de campagne, été d’un libéralisme très Américain avec une dérégulation méthodique des lois sur le travail mais cela ne l’a pas empêchée de s’attirer certaines inimitiés notamment à cause de sa position attentiste envers la Corée du nord dont les relations sont de plus en plus tendues avec les États-Unis à cause du programme de nucléarisation que ne semble pas tellement contester Park Geun-hye. Pour les défenseurs de la ligne libérale elle reste à jamais la fille de son père et pour les États-Unis un danger en cas de conflit ouvert avec le nord du fait de ses positions ambiguës sur le sujet. Le Chosun, journal pro-américain, anticommuniste et libéral n’a pas raté l’occasion d’avoir sa tête grâce aux agissements d’une de ses amies : Choi Soon-sil principale instigatrice d’un vaste système de corruption mais également d’influence sur la présidente, ce qu’elle nie toujours aujourd’hui. 

Park Geun-hye est officiellement destitué le 10 mars 2017, elle est aujourd’hui emprisonnée. Les dessous d’une affaire complexe qui ne sont pas sans rappeler la destitution programmée de Dilma Rousseff au Brésil un an plus tôt. 

Moon Jae-in nouveau président de la Corée du sud, voilà qui est bien plus présentable selon les critères de Washington. Figure emblématique du mouvement démocratique des années 80, il a fait ses classes en tant qu’avocat spécialisé dans les affaires liées aux droits de l’homme (tiens encore un) puis au cabinet présidentiel de Roh Moo-hyun. Autant dire qu’il a été à bonne école. Le point noir ? Le bouclier antimissile que doivent déployer les Américains sur leur sol mais que la Chine, partenaire majeur voit d’un très mauvais œil. Pour le reste pas de soucis, les Coréens viennent d’élire leur François Hollande, son ennemi c’est la finance : j’attends de voir ! La presse internationale est unanime, un incorruptible défenseur des droits de l’homme à la tête de la Corée du sud. 

Moon Jae-in est un homme du système porté par une presse libérale dithyrambique à son égard. Si vous doutez toujours de l’influence Américaine en Corée du sud sachez qu’en cas de conflit militaire engageant la Corée du sud ce sont les États-Unis qui prennent le commandement ! Les soldats Coréens ont combattu au Viêt Nam, mais aussi en Irak, en Afghanistan. Leur système monétaire et leurs dettes dépendent de Washington et aucune décision importe sur le plan international n’est prise sans leur accord. La Corée du sud et toujours sous domination Américaine et je crains pour elle que malgré les beaux discours Moon Jae-in n’y changera rien. 

En attendant, comme dans toutes bonnes démocraties contemporaines qui se respectent, les Coréens voient leurs pouvoir d’achats diminuer, le chômage augmenter et un taux de suicide qui n’a rien à envier aux Japonais. La Corée du sud est pleine de qualités, ses traditions et ses mœurs associées à son industrie en font un leader économique mondial mais victime comme tous les pays occidentalisés d’une corruption politique qui vérole son système et verrouille l’avenir de sa jeunesse le tout sous l’influence souvent néfaste de l’Oncle Sam.

« Même une feuille de papier est plus légère si on la porte à deux. » Proverbe Coréen.

https://www.youtube.com/channel/UCKpctdrmDm3ZkCzveO5v3nw

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